Il ne faut pas raser la Constitution pour en écrire une
autre à partir de zéro si cela contraint à soumette en bloc la nouvelle Constitution
au référendum. Il vaut alors mieux procéder par une série de révisions
distinctes, chacune étant soumise séparément au référendum.
Pour
une Assemblée constituante sous trois conditions
Nombreux sont ceux qui soutiennent la formation d’une Assemblée
constituante chargée de réviser la Constitution. Je soutiens moi-même cette
proposition (voir ici)
sous trois conditions : i) introduction préalable d’un véritable droit de
référendum d’initiative populaire (déjà pour adopter les modalités de l’Assemblée
constituante), ii) tirage au sort des membres de l’Assemblée constituante, et
iii) le projet de Constitution rédigé par l’Assemblée constituante devra être
soumis au référendum point par point (et non pas en bloc).
Soumettre le projet de Constitution en bloc au référendum
peut contraindre le peuple à accepter des modifications dont il ne veut pas,
mais qu’il doit adopter s’il préfère globalement la nouvelle Constitution à l’ancienne.
A la limite, le peuple peut même être contraint d’accepter un paquet dont il
rejette tous les éléments (paradoxe
d’Ostrogorski). Le vote en bloc sur un paquet peut donc être très trompeur,
même sans malveillance de la part de ceux qui nouent le paquet (c’est-à-dire même
sans glisser des réformes que le peuple ne veut pas dans un paquet contenant
aussi des réformes que le peuple veut).
La
légitimité populaire l’emporte sur l’esthétique
Si on rédige une nouvelle Constitution en partant d’une
feuille blanche, il se peut que ce soit difficile de passer de la Constitution
actuelle à la nouvelle Constitution par une série de modifications distinctes
que l’on puisse soumettre séparément au référendum. Mais faut-il partir d’une
feuille blanche ? Il vaut mieux réviser la Constitution point par point,
en commençant par les points les plus importants.
Il est possible que la nouvelle Constitution serait plus élégante,
si on la réécrivait en partant de zéro. Mais l’esthétique est une considération
secondaire par rapport à la priorité que constitue la légitimité populaire :
il est de première importance que le projet de Constitution soit soumis au
peuple point par point (et non pas en bloc). Au cas où cela implique qu’il faut
procéder en révisant la Constitution actuelle par une série de réformes (plutôt
que de raser la Constitution actuelle pour la réécrire en partant de zéro),
alors procédons ainsi. Cette approche permet tout-à-fait de révolutionner la
Constitution (en commençant par l’introduction d’un véritable droit de
référendum d’initiative populaire).